Tregouboff Grégoire, Rose Maurice
Il n'est pas nécessaire d'insister sur la place importante qu'occupe dans le cadre d'études de la zoologie marine celle du plancton, envisagé au sens large de ce terme. La faune pélagique comprend, en effet, tout un monde d'organismes de nature soit végétale, soit animale, dont les nombreux éléments appartiennent aux groupes, très importants au point de vue phylogénétique, et qu'on ne peut étudier que dans le milieu planctonique. De plus, on trouve également dans le plancton, mêlés aux formes holo-planctoniques, d'innombrables stades larvaires de tous les animaux marins, quelle que soit la biocœnose, dont ils fassent partie. Le plancton apparaît ainsi comme un monde extrêmement complexe. Son étude, commencée il y a, environ, 150 ans et poursuivie sans arrêt depuis par des savants de tous pays, a permis d'accumuler une enorme masse de documents descriptifs, éparpillés dans d'innombrables publications de toute sorte et en toutes langues, souvent introuvables ou très difficiles à se procurer quand on en a besoin. Ces difficultés sont ressenties, avec le plus d'acuité, notamment par le personnel enseignant des Laboratoires maritimes, souvent non spécialiste en planctonologie, quand il s'agit de guider les étudiants qui viennent actuellement de plus en plus dans ces établissements et y suivent les stages afin de se familiariser avec la faune marine sous tous ses aspects. Or, nous le savons par l'expérience, les étudiants ne possèdent, généralement, que des notions théoriques, souvent vagues, sur les organismes pélagiques et ignorent, en particulier, à peu près tout des stades larvaires des Invertébrés marins. Étant bien renseignés sur les connaissances zoologiques des participants aux stages et ayant une longue pratique du plancton méditerranéen, d'un côté de celui de Villefranche-sur-Mer, localité justement réputée pour sa faune pélagique exceptionnellement riche et variée, et de l'autre de celui des côtes d'Alger, qui bénéficie d'un apport important des formes atlantiques, passant par le détroit de Gibraltar, nous présentons dans cet ouvrage les résultats de nos observations dans le domaine planctonique, accumulés pendant plus de 30 années d'études personnelles. Ce Manuel n'est ni un Traité de Zoologie, ni un ouvrage dans le genre de celui de Steuer (Planktonkunde, 1910), excellent, mais déjà ancien et dépassé sous bien des rapports, et qui ne comporte pas, au surplus, de partie systématique, permettant la détermination de divers éléments planctoniques. Par sa conception, réalisée, de fait, déjà depuis longtemps, et dont les éléments essentiels se retrouvent dans les résumés des leçons, données au cours des stages à la Station Zoologique de Villefranche depuis 1923, il se rapproche de l'excellente « Introduction al estudio del plancton marino » de Massuti et Margalef, parue en 1950. Toutefois, le Manuel que nous présentons, moins élémentaire, est plus complet, les auteurs espagnols n'ayant pas traité les nombreux groupes importants, tels que les Actinopodes Acan-thaires et Radiolaires, les Cœlentérés, les stades larvaires méroplanctoniques de Vermidiens, d'Arthropodes, d'Echinodermes, ainsi que les Mollusques pélagiques, les Tuniciers Thaliacés et les larves de Céphalocordés, auxquelles nous nous sommes arrêtés dans les limites du Manuel. Ses différents chapitres, consacrés chacun à un groupe distinct des planctontes, ont été rédigés par les auteurs indépendamment l'un de l'autre, qui en assument ainsi, chacun, les responsabilités. Destiné, avant tout, à l'usage des étudiants, débutants en zoologie, les chapitres du Manuel contiennent les notions essentielles concernant la morphologie, l'anatomie, l'embryologie, l'écologie et la biologie des représentants du groupe traité, avec la mention de leurs parasites, s'il y a lieu; elles sont suivies de parties descriptive et systématique, cette dernière accompagnée des tableaux dichotomiques originaux, permettant d'arriver à la détermination des familles et de principaux genres méditerranéens. Les espèces les plus communes de chaque genre sont indiquées dans les tableaux et, pour la plupart, représentées sur les nombreuses planches, qui accompagnent le texte. encore jamais publiées, de l'anesthésie et de la préparation de divers animaux pélagiques, généralement difficiles à conserver en bon état d'extension. On trouvera, enfin, à la fin de chaque chapitre, l'indication des « Ouvrages à consulter », contenant un index bibliographique étendu et récent, qui permettront, notamment au personnel enseignant des Laboratoires Maritimes, de se documenter, d'une manière plus complète, sur tel ou tel groupe. Comme tous les ouvrages aussi étendus, le Manuel doit présenter, inévitablement, des défauts et des lacunes, peut-être même des erreurs. Nous croyons, néanmoins, que, tel qu'il est, il est susceptible de rendre service à tous ceux qui, soit par goût personnel, soit par obligation professionnelle, sont amenés à s’occuper des organismes pélagiques, si captivants et qui présentent, encore maintenant, un très vaste champ pour de nouvelles recherches. L'ouvrage aussi étendu, comportant nécessairement une illustration très abondante (207 planches et plus de 2200 figures), était difficile à faire éditer actuellement. Il est probable que le Manuel n'aurait jamais vu le jour, si les Professeurs L. Fage et P. Grassé ne s'étaient pas intéressés à son sort et n'avaient pas plaidé notre cause auprès du Directeur du Centre National de la Recherche Scientifique, qui a bien voulu prendre à la charge du Centre les frais considérables de son impression. Nous les prions de vouloir bien agréer, pour cette aide, l'expression de toute notre gratitude.